Médicaments : Comprendre l’addiction en Mayenne et agir efficacement

23/12/2025

Les addictions aux médicaments : un phénomène bien réel en Mayenne

La question de l’addiction aux médicaments n’épargne pas la Mayenne. Si l’on parle souvent des drogues illicites ou de l’alcool, la dépendance aux médicaments prescrits est aujourd’hui une réalité silencieuse, parfois difficile à identifier pour les personnes concernées et leur entourage.

Derrière chaque boîte d’anxiolytiques, d’antidouleurs, ou de somnifères, il y a parfois un risque de perte de contrôle : usage prolongé, augmentation progressive des doses, demandes répétées à son médecin, recherche de médicaments ailleurs… L’addiction peut s’installer insidieusement, dans la discrétion du quotidien.

Les médicaments les plus concernés par l’addiction en Mayenne

Certaines familles de médicaments sont reconnues pour leur potentiel addictif, notamment :

  • Les anxiolytiques et benzodiazépines (Valium, Xanax, Lexomil...)
  • Les antidouleurs morphiniques (opiacés, tramadol, codéine, morphine, fentanyl…)
  • Les somnifères et hypnotiques (Stilnox, Imovane…)
  • Certains médicaments antiépileptiques ou relaxants musculaires (Lyrica – prégabaline)

Selon le rapport annuel de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives 2023 (OFDT), la France est l’un des pays d’Europe où la consommation de benzodiazépines et d’antalgiques opioïdes est la plus élevée, et la Mayenne ne fait pas exception à cette tendance nationale.

Chiffres clés et tendances observées en Mayenne

D’après les données issues du baromètre local de la CPAM Mayenne (2023), il a été recensé :

  • Près de 12% des adultes mayennais ont reçu au moins une prescription de benzodiazépines dans l’année écoulée
  • Un peu plus de 8% des personnes de plus de 65 ans reçoivent une prescription prolongée de somnifères ou anxiolytiques
  • 800 personnes environ sont suivies chaque année par les structures spécialisées pour un usage problématique d’opioïdes ou de médicaments psychotropes
  • La Mayenne se situe légèrement au-dessus de la moyenne nationale pour la consommation de tramadol et d’antalgiques codéinés

Il est à noter que ces chiffres ne reflètent qu’une partie du phénomène : beaucoup de situations d’addiction restent invisibles, par peur du jugement, ou parce qu’il est difficile de faire le lien entre son mal-être et les médicaments.

Comment l’addiction s’installe-t-elle avec les médicaments ?

L’addiction médicamenteuse n’arrive pas du jour au lendemain. Dans la plupart des cas, tout commence par un traitement légitime : anxiété, douleurs chroniques, troubles du sommeil… Mais petit à petit, la frontière entre le soulagement et la dépendance peut devenir floue.

  • Le corps s’habitue : il en faut plus pour obtenir le même effet.
  • On continue d’en prendre même quand on n’en a plus besoin, ou pour éviter un « manque » physique ou psychique.
  • Des stratégies de contournement apparaissent : consulter plusieurs médecins, changer de pharmacie…

L’installation de l’addiction est d’autant plus insidieuse qu’elle est rarement accompagnée de la « perte de contrôle » caractéristique des drogues illicites. Il y a souvent une banalisation du geste, car le médicament est associé à la notion de soin.

Des situations particulières en Mayenne : personnes âgées et zones rurales

Deux réalités locales méritent d’être soulignées.

  • Les personnes âgées : En Mayenne, plus de 23% de la population a plus de 60 ans. Beaucoup d’entre elles cumulent plusieurs pathologies et se retrouvent exposées à de nombreux traitements, parfois prescrits sur de longues durées, sans remise en question régulière.
  • L’isolement en zone rurale : L’accès aux soins spécialisés et à l’information peut être plus compliqué dans les communes isolées, qui représentent une grande partie du département. Les solutions de substitution ou d’accompagnement existent, mais restent parfois mal connues ou difficilement accessibles.

Les médecins généralistes sont particulièrement vigilants mais peuvent se retrouver démunis face à la pression de la demande de renouvellement et au manque de ressources spécialisées.

Anxiolytiques et antidouleurs : témoignages et enjeux

Les chiffres nationaux parlent d’eux-mêmes : selon l’Assurance Maladie (rapport 2022), 10 millions de Français ont reçu une prescription de benzodiazépines au moins une fois dans l’année, avec un risque avéré de dépendance dès quelques semaines d’utilisation.

Dans les groupes de parole du CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) de Laval, certains patients témoignent :

  • « J’ai commencé le Lexomil après le décès de mon épouse. Huit ans après, je pensais pouvoir arrêter, j’ai eu des sueurs, des palpitations – je n’y arrivais plus seul. »
  • « Le médecin me prescrivait du tramadol pour mon mal de dos, puis de la codéine. J’ai réalisé que j’en étais arrivé à en prendre même quand la douleur était supportable. »

Ces histoires se retrouvent régulièrement : l’addiction s’installe dans l’ombre, souvent sur fond de solitude, d’incompréhension ou de déni (« Moi, je ne prends que ce que le médecin me donne… »).

Prévenir l’addiction : le rôle clé de l’information et du dialogue

En Mayenne, divers dispositifs existent, mais gagneraient à être mieux connus :

  • Pharmaciens et médecins généralistes sont les premiers interlocuteurs : ils peuvent repérer les usages prolongés, alerter sur les risques, proposer un accompagnement au sevrage.
  • Le CSAPA de Laval, mais aussi le CSAPA de Château-Gontier et de Mayenne, reçoivent sans jugement toute personne ayant des questions sur ses consommations ou celles d’un proche (Addictions France CSAPA Laval).
  • L’Association France Assos Santé Pays de la Loire propose des informations et des points d’écoute pour les familles.

Le dialogue préventif est essentiel : oser parler avec son médecin, demander un bilan de son traitement, signaler les difficultés à décrocher ou les effets indésirables ressentis. Aucune question n’est « bête » : mieux vaut prévenir que subir, surtout quand on sent l’habitude s’installer.

Comment savoir si on est tombé dans l’addiction ?

Quelques signes d’alerte à repérer :

  • Prendre des doses supérieures à celles prescrites ou prolonger son traitement sans avis médical
  • Avoir du mal à dormir ou à supporter le quotidien sans son médicament
  • Multiplier les rendez-vous médicaux pour obtenir des ordonnances
  • Ressentir un malaise, de l’irritabilité, des sueurs ou des tremblements quand la prise est retardée

Dans tous les cas, il est important de se tourner vers un professionnel pour en parler, même de façon anonyme dans un premier temps. Le CSAPA de Laval propose des consultations anonymes, gratuites et confidentielles, sans obligation d’engagement dans un suivi long.

Quelles solutions, quels accompagnements ?

Le sevrage doit toujours se faire de manière progressive, sous supervision médicale, pour éviter un syndrome de sevrage parfois dangereux (en particulier pour les benzodiazépines : risque de convulsions).

  • Appui du médecin traitant : il peut organiser une réduction progressive des doses, surveiller les symptômes et orienter vers une prise en charge plurielle si besoin.
  • Consultation d’addictologie (CSAPA) : bilan complet, proposition d’un accompagnement psychologique et médical, suivi personnalisé.
  • Groupes de parole : rencontrer d’autres personnes en parcours similaire permet souvent de déculpabiliser et d’éviter l’isolement.
  • Pharmaciens : ils peuvent proposer un bilan médicamenteux et expliquer les alternatives existantes.

Depuis peu, la téléconsultation en addictologie se développe en Mayenne, notamment pour les personnes isolées ou à mobilité réduite. Des permanences sont disponibles dans certains centres sociaux ruraux en partenariat avec les CSAPA.

Ressources utiles en Mayenne : où s’adresser ?

  • CSAPA Laval – 0 800 23 13 13 (anonyme et gratuit)
  • CSAPA Château-Gontier – 05 53 30 13 34
  • Association France Assos Santé Pays de la Loire – 02 40 93 77 57
  • Ligne nationale Drogues Info Service – 0 800 23 13 13 ou site web
  • Pharmacies de garde : pour un échange confidentiel

Pour aller plus loin : briser le silence, agir ensemble

Si l’addiction aux médicaments est parfois invisible, elle concerne de nombreuses familles en Mayenne. Parler de ses difficultés sans culpabilité, s’informer auprès des professionnels, rejoindre des groupes d’entraide, ce sont autant de premières étapes pour reprendre la main.

Les institutions locales travaillent à renforcer l’accès aux soins et la coordination entre acteurs : médecins, pharmaciens, structures spécialisées et associations. Chaque geste compte, pour éviter l’isolement, prévenir les complications, et garantir que le médicament reste ce qu’il doit être : une aide passagère, jamais un piège.

Besoin d’en parler ou d’être orienté ? Les ressources présentées ci-dessus sont là pour toute question, pour soi ou pour un proche, sans jugement et avec bienveillance.

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