Médicaments détournés : comprendre le phénomène chez les jeunes en Mayenne

02/01/2026

Qu’est-ce que l’usage détourné de médicaments ?

L’usage détourné de médicaments se produit lorsqu’une personne consomme un médicament en dehors de sa prescription. Cela signifie prendre un médicament pour ses effets psychotropes, pour “planer”, pour améliorer ses performances (étude, sport…), ou simplement par curiosité entre amis. Les jeunes peuvent ainsi utiliser des médicaments qui ne leur sont pas destinés, avec ou sans ordonnance, souvent obtenus via l’armoire familiale, auprès d’amis ou, parfois, sur internet.

Ce phénomène touche l’ensemble du territoire français, et la Mayenne n’y échappe pas. Ces pratiques augmentent depuis plusieurs années, avec des profils et des modes de consommation variés.

Quels médicaments sont concernés ?

Chez les jeunes de Mayenne, comme ailleurs, trois grandes familles de médicaments se distinguent dans l’usage détourné :

  • Les anxiolytiques (exemple : Xanax, Valium) et les somnifères (Stilnox, Imovane), connus aussi comme “benzos”.
  • Les antalgiques opioïdes, principalement le tramadol et la codéine, retrouvés dans des sirops ou comprimés contre la toux (Codoliprane, Maxilase…).
  • D’autres médicaments comme la Ritaline®, qui est détournée pour ses effets stimulants, parfois pour "tenir" lors d’examens ou de soirées.

Ce qui inquiète, c’est que ces produits sont le plus souvent perçus comme moins dangereux que l’alcool ou le cannabis, car issus du monde médical. Or, les risques sont bien réels.

Quels sont les chiffres clés concernant la Mayenne et la France ?

Aucune étude ne donne de chiffres très précis uniquement sur la Mayenne, mais des tendances nationales permettent de cerner la situation locale. Le Baromètre Santé 2023 de Santé publique France souligne que près de 12% des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà consommé des médicaments détournés, dont la plupart n’avaient pas d’ordonnance (OFDT, 2023).

Sur le territoire des Pays de la Loire, la Fédération Addiction rapporte une augmentation des situations d’accompagnements liées à l’usage de médicaments dans les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) de Laval et de Château-Gontier depuis 2021.

  • Environ 1 jeune sur 20 reçu en CJC pour la première fois en 2022 évoquait une consommation détournée de médicaments (Fédération Addiction, 2023).
  • Ces consommations touchent davantage les filles que les garçons, surtout pour les anxiolytiques.

Pourquoi ce phénomène progresse-t-il chez les jeunes ?

Plusieurs facteurs expliquent la progression de l’usage détourné des médicaments chez les adolescents et jeunes adultes en Mayenne :

  • Accessibilité : la plupart des foyers disposent d’une armoire à pharmacie, ce qui facilite la récupération de médicaments par les jeunes.
  • Pression scolaire et stress : certains consomment des stimulants pour lutter contre la fatigue ou l’anxiété liée aux examens.
  • Curiosité et effet de groupe : la recherche de nouvelles sensations, ou la volonté de ne pas être “exclu” du groupe.
  • Mois d’information et préjugés : de nombreux jeunes pensent, à tort, que “comme c’est prescrit par un médecin, c’est sans risque”.
  • Effet social et influence des réseaux : sur Snapchat ou TikTok, certaines vidéos banalisent ces usages ou montrent des “défis” mettant en scène des cocktails de médicaments.

Quels sont les risques spécifiques de l’usage détourné ?

Le détournement de médicaments expose à des risques, souvent méconnus chez les jeunes :

  • Dépendance rapide : anxiolytiques et opioïdes génèrent, parfois après quelques prises, un besoin de consommer pour se “sentir mieux”, voire un vrai manque.
  • Surdoses et accidents : mélanger plusieurs médicaments, ou médicaments avec alcool ou cannabis, augmente le risque d’intoxication grave, de malaise, de crise épileptique, ou d’arrêt respiratoire.
  • Conséquences psychologiques : anxiété aggravée, dépression, troubles de la mémoire, et diminution de la concentration peuvent apparaître assez vite.
  • Effets sur la vie sociale et scolaire : absentéisme, perte d’intérêt, décrochage scolaire, relations tendues avec la famille et les amis.

Quelques situations rapportées en Mayenne témoignent de jeunes hospitalisés à la suite de surdoses de codéine, mélangeant parfois anxiolytiques et alcool, pensant “faire la fête” à moindre risque. Le CH Laval a observé en 2023 une hausse modérée des admissions nocturnes pour intoxications à des médicaments chez les moins de 20 ans (source : service des Urgences, CH Laval).

Quel est le contexte local en Mayenne ?

Le territoire mayennais présente des caractéristiques spécifiques :

  1. Offre médicale de proximité : Les zones rurales font que nombre de jeunes peuvent se tourner vers la pharmacie familiale, loin des regards, pour expérimenter. Par ailleurs, des adolescents tentent parfois de se procurer des médicaments auprès de professionnels de santé en simulant des symptômes (notamment pour le tramadol).
  2. Structures d’écoute et de prévention : La Maison des Adolescents, le Point Accueil Écoute Jeunes de Laval et les Consultations Jeunes Consommateurs jouent un rôle clé dans la détection précoce. Leurs équipes décrivent une hausse des questionnements des jeunes sur les médicaments ces trois dernières années.
  3. Milieu scolaire : Une collaboration existe entre établissements scolaires et professionnels de santé, mais les outils spécifiques de prévention sur le sujet des médicaments restent rares. Les infirmiers scolaires de Mayenne témoignent d’une augmentation des consultations pour anxiété, où le dialogue sur la prise de substances apparaît plus fréquemment.
  4. Isolement géographique : Dans certaines communes rurales, un manque d’alternatives d’activités, d’information et de lieux d’échange accentue la probabilité de comportements à risque.

Comment repérer l’usage détourné et accompagner un jeune ?

Il n’est pas toujours évident de repérer un usage détourné de médicaments, car la consommation peut rester discrète. Voici quelques signaux d’alerte :

  • Changement soudain d’humeur (intense euphorie, puis abattement)
  • Difficultés à se lever le matin, baisse de performance scolaire
  • Présence de blisters vides, boites de médicaments non conformes à l’ordonnance
  • Isolement, désintérêt pour les activités habituelles
  • Argent “qui disparaît”, demande d’argent plus fréquente

Si un doute existe, engager le dialogue reste essentiel. L’écoute, sans jugement, favorise la confiance. Éviter de minimiser ou dramatiser. Si la discussion s’avère difficile, faire appel à un professionnel (médecin, infirmier scolaire, CJC) peut aider à débloquer la situation.

Quelles sont les ressources et aides disponibles en Mayenne ?

Le département dispose de plusieurs structures pour informer, accompagner et soutenir jeunes et familles :

  • Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) : présent à Laval (CSAPA, 53 rue Henri Dunant) et à Château-Gontier (20 rue de la Vallée), accueil gratuit et confidentiel pour tout jeune ou entourage.
  • Maison des Adolescents : à Laval, offre écoute, orientation, ateliers de prévention (liste sur sante.fr).
  • Service d’Addictologie du CH Laval : prise en charge spécialisée, possible en cas de situations complexes ou de dépendance avérée.
  • Ligne ADOSEN (éducation nationale) : pour les élèves, famille et personnels, avec ressources dédiées.
  • Numéro national Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 ou drogues-info-service.fr

Beaucoup d’initiatives locales visent aussi à renforcer l’information, notamment dans les collèges et lycées, souvent en lien avec les professionnels de santé scolaire. Depuis 2022, des ateliers d’auto-questionnement (ex : “Jeunes et médicaments, on en parle ?”) sont proposés dans huit établissements du département.

Comment prévenir, que faire ?

La prévention repose sur plusieurs axes :

  1. Informer sans tabou : Des interventions au sein des établissements scolaires, sur la base de témoignages et d’exemples concrets, pour rappeler que les médicaments, même “à disposition”, peuvent avoir de graves conséquences.
  2. Désacraliser l’idée du “médicament facile” : Montrer qu’il n’existe pas de solution miracle contre le stress, la fatigue ou la performance, et que consommer un médicament détourné, même ponctuellement, n’est jamais anodin.
  3. Former les équipes éducatives : Infirmiers, enseignants, animateurs et éducateurs sont souvent les premiers à détecter un malaise chez les jeunes. Les outiller sur le sujet est fondamental.
  4. Échanger avec les parents : Les familles jouent un rôle déterminant. Leur donner des repères simples aide à mieux sécuriser l’armoire à pharmacie, observer les changements, et oser parler du sujet à leurs enfants, sans dramatisation inutile.

Quels enjeux pour demain ?

La banalisation de l’usage détourné de médicaments chez les jeunes est un enjeu de société. La Mayenne, comme d’autres territoires, doit jongler avec les spécificités locales : isolement de certains villages, difficultés à accéder à l’accompagnement, et parfois, tabou autour de la santé mentale et des conduites à risque.

Progresser sur la détection précoce, l’information du grand public, et un meilleur dialogue entre professionnels, familles et jeunes constituera une avancée réelle. De nouvelles campagnes de prévention devraient être lancées dans les années à venir, avec l’appui des collectivités locales et des réseaux associatifs (CROSS, Fédération Addiction, etc.).

En se mobilisant ensemble autour de ce sujet – professionnels, familles, associations, écoles et institutions – il est possible d’agir efficacement pour protéger les jeunes de Mayenne et offrir d’autres repères. Les ressources existent, et il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour en parler.

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